De Grenoble au Pérou : prendre de la hauteur sans manquer d’air

Publiée le 12 janvier 2021

La Rinconada, au Pérou, est la plus haute ville habitée au monde. Le laboratoire grenoblois HP2 y mène des expéditions pour enrichir ses études sur les effets du manque d’oxygène sur le corps humain.

La Rinconada, ville la plus haute du maonde, au Pérou, à 5300 m d'altitude
La Rinconada, ville la plus haute du maonde, au Pérou, à 5300 m d'altitude : Expédition 5300
La Rinconada, ville la plus haute du monde, au Pérou, à 5300 m d'altitude

Un laboratoire grenoblois de renommée internationale, un médecin péruvien, des mineurs d’or : c’est le point de départ d’une extraordinaire aventure humaine et scientifique. Ivan Hancco, médecin péruvien, suit les patients de la ville de Rinconada à 5 300 mètres. Il vient enrichir ses connaissances auprès du laboratoire HP2, spécialiste de la médecine de montagne. De cette rencontre est née l’Expédition 5300, un programme de recherche scientifique et humanitaire. « Nous pensions qu’il était impossible de vivre à l’année au-delà de 5 000 mètres d’altitude, avec moitié moins d’oxygène qu’au niveau de la mer, explique Samuel Vergès, responsable de l’Expédition 5300 et docteur en physiologie au laboratoire HP2. Or la Rinconada bouscule nos connaissances. » Avec plus de 50 000 habitants, cette ville minière est la plus haute du monde.

Réinventer la médecine

« Nous avons commencé par étudier les mineurs de la ville, poursuit le scientifique. Leur sang est hyper riche en globules rouges, pour capter tout l’oxygène disponible. Mais cela le rend très visqueux, il circule difficilement dans les organes sensibles comme le cerveau ou le cœur, qui force beaucoup. » La plupart des mineurs est en bonne santé. Mais environ un quart de la population souffre du mal chronique des montagnes, voire d’accidents cardiaques. « Nos travaux visent à comprendre l’impact de la privation d’oxygène. Nos résultats serviront aux plus de 140 millions d’habitants qui vivent à plus de 2 500 mètres d’altitude dans le monde. » Les études enrichiront plus largement la connaissance générale de l’impact de l’environnement sur la santé humaine. « L’Expédition 5300 crée un continuum de connaissances des effets de l’altitude, avec l’effet de la dose : à quelle altitude le manque d’oxygène est un stimulant pour l’organisme, avec des effets significatifs et bénéfiques dans la population générale ? »

Les applications concrètes, à titre curatif ou préventif, peuvent être des salles reproduisant des conditions d’altitude simulées et maîtrisées. « Le manque d’oxygène est stimulant quand il est progressif et maîtrisé : l’organisme s’adapte. Et nous pouvons imaginer, pourquoi pas, des salles de sport pour entraîner les sportifs en ville… »

Les mineurs de La Rinconada vivent à 5300 mètres d'altitude

Recherche de mécènes

L’équipe prépare sa prochaine expédition à la Rinconada au second trimestre de cette année. « Nous devons réinventer la médecine là-haut, car nous n’avons plus le repère des normes sur les constantes, comme la tension artérielle, pour savoir qui est malade et qui est bien portant… Nous étudieront également les effets de la très haute altitude sur les femmes et les enfants. Mais nous allons au Pérou aussi dans une démarche humanitaire. Nous souhaitons construire un centre de recherche et de santé, en coopération avec les institutions péruviennes, pour offrir des soins pérennes à la population locale. » L’équipe est à la recherche de mécènes pour ce lieu, une future vitrine internationale de Grenoble, qui pourraient bénéficier des recherches technologiques, médicales, sociologiques, anthropologiques qui y seront menées.

L'équipe de l'Expédition 5300

Le laboratoire HP2 : Hypoxie et Physiopathologies cardiovasculaires et respiratoires

Ce centre de recherche, dirigé par le professeur Jean-Louis Pépin, est le leader mondial de l’hypoxie, le manque d’oxygène. Rattaché à l’Inserm et à l’Université Grenoble Alpes (UGA), basé à Grenoble, il mène des études sur les effets du manque d’oxygène sur le corps humain, notamment dans l’apnée du sommeil et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Le laboratoire dirige également un programme de recherche sur l’hypoxie en altitude avec ses effets bénéfiques et néfastes sur la santé humaine, que ce soit pour les sportifs (alpinistes, trekkeurs…) qui habitent en plaine et s’entraînent quelques jours en altitude, ou les habitants permanents. L’étude porte sur trois niveaux : la moyenne altitude (de 800 m à 2 500 m), la haute altitude (de 2 500 m à 5 000 m) et la très haute altitude au-delà de 5 000 m, comme c’est le cas pour la Rinconada.