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M'inscrireGrenoble, capitale de la santé de demain

Publié le
Bracelets anti-douleur, diagnostics en quelques minutes, robots chirurgicaux… Le bassin grenoblois abrite l'un des écosystèmes healthtech les plus dynamiques d'Europe.
Emmanuelle reçoit dans son salon à Echirolles. Ce jour-là, la quinquagénaire porte au poignet un accessoire discret qui attire à peine l'attention : un bracelet noir, semblable à une montre connectée. Inventé par la start-up grenobloise Remedee Labs, ce petit appareil a changé sa vie. Emmanuelle a commencé à souffrir de fibromyalgie* en 2023 après notamment un "choc émotionnel" : "Un jour, les douleurs étaient dans l'épaule. Le lendemain, c'était dans les hanches ou alors, les mains. Parfois, je n'arrivais même pas à mettre un pied devant l'autre". Terrassée par les douleurs et le manque de sommeil, elle essaye différentes méthodes pour se soulager : médicaments, compléments alimentaires, électrostimulation… "Mais rien n'a vraiment fonctionné", souffle-t-elle. Et puis un jour, son médecin lui parle de l'innovation de Remedee Labs. Basé sur la neuromodulation, le bracelet stimule l'endorphine qui réduit les douleurs. "Il y a clairement un avant et un après. C'est pour moi, une vraie révolution", explique Emmanuelle. Ses douleurs ont nettement diminué, elle a retrouvé le sommeil et a même repris le travail à temps complet.
Epicentre grenoblois
Cette histoire illustre une promesse : changer la vie des patients grâce aux nouvelles technologies. C'est la vocation de la healthtech - contraction de health (santé) et technology -, ce secteur qui recouvre télémédecine, intelligence artificielle et dispositifs médicaux connectés. Depuis la crise du Covid, porté par une population vieillissante et des besoins croissants en soins personnalisés, il s'impose, selon la Banque Publique d'Investissement, "comme l'un des moteurs les plus dynamiques de l'innovation française". Et il se trouve que le bassin grenoblois en est l'un des épicentres en France et même en Europe.
Le territoire compte aujourd'hui plus de 200 entreprises dans le secteur de la santé, employant environ 11 000 personnes. Parmi elles, des géants industriels comme Roche Diagnostics, bioMérieux, Stryker, Johnson & Johnson ou GE Healthcare. C’est ici également que Becton Dickinson a choisi de s'implanter à la fin des années 50. Dans son usine historique à Pont-de-Claix (1800 employés) sortent chaque jour près de deux millions de seringues en verre à usage unique. « C’est la plus grosse usine du groupe sur ce segment », souligne Baptiste Chaboud, PDG de BD France.
La fin des écouvillons ?
Aux côtés de ces grands groupes, une centaine de start-ups travaillent sur des innovations aux potentialités parfois vertigineuses. C'est le cas par exemple de Magia Diagnostics qui a mis au point un lecteur portable capable de dépister le VIH, l’hépatite et la syphilis en quelques minutes. "Nous espérons une commercialisation en 2027 (...) pour un marché potentiel de 4 à 5 milliards d’euros, hors Chine et Inde", souligne Paul Kauffmann, son fondateur.
Nawu Diagnostics, de son côté, travaille sur un dispositif de détection des infections respiratoires (rhume, grippe, bronchiolite, covid…) par simple analyse du souffle - ce qui pourrait remplacer les pénibles écouvillons. Protégé par 8 brevets, son innovation promet un résultat en 20 minutes. Fanny Turlure, sa fondatrice, espère pouvoir le commercialiser dans 4 ou 5 ans, pour un marché estimé à… 40 milliards d'euros.
D'autres inventions grenobloises se trouvent déjà sur le marché. Le bracelet de Remedee Labs par exemple, mais aussi les matrices de culture cellulaire en hydrogel de Cell&Soft, une start-up cofondée par Camille Migdal, qui permettent de limiter les expérimentations animales et de réduire le délai d’expérimentation des nouveaux médicaments. Protégée par 4 brevets, cette technologie est commercialisée depuis deux ans et intéresse grandement l'industrie pharmaceutique.
Le CHUGA au cœur de l'écosystème
Toutes ces jeunes pousses ne surgissent pas de nulle part. La plupart sont nées dans les laboratoires et centres de recherche qui font la réputation du bassin grenoblois : CEA-Leti, CNRS, INRIA, Institut Néel, Synchrotron, EMBL, Clinatec… Près de 2400 chercheurs et ingénieurs y travaillent en s'appuyant notamment sur l'expertise du territoire dans la microélectronique : pour les capteurs, la robotique, les logiciels… Des structures d'accompagnement comme Linksium, Biopolis, Tarmac d'Inovallée et Medicalps facilitent ensuite le passage de la recherche au marché.
Mais le cœur de la healthtech grenobloise se trouve au Centre Hospitalier Universitaire Grenoble Alpes. Avec ses centaines de médecins et cliniciens, le CHUGA est au centre des grands projets de la recherche publique en matière de santé et constitue le terrain d'expérimentation naturel des collaborations entre startups, chercheurs et cliniciens. L'établissement organise ainsi près de 2000 essais cliniques par an, impliquant 6000 patients et professionnels de la santé.
C'est aussi au CHU que s'est développé un pôle de robotique chirurgicale de premier plan, sous l'impulsion du chercheur et entrepreneur Stéphane Lavallée. Il a fondé notamment la société Orthotaxy qui développe à Gières le robot Velys, un bras articulé d'assistance à la pose de prothèse de genou déjà utilisé dans plus de 200 000 interventions dans le monde. Le CHUGA a été le premier centre hospitalier de France à l'utiliser. "On pose la prothèse le matin, le patient se lève sur ses deux jambes le soir même. C'est assez bluffant", témoigne Brice Rubens-Duval, chirurgien à l'Hôpital Sud.
Dernier atout de la région, peut-être plus surprenant : sa taille. Ici, les talents, les équipements, les structures se concentrent dans un rayon de quelques kilomètres. Cette proximité géographique facilite les échanges, les partenariats d’où a émergé, au fils des ans, une culture collaborative rare dans laquelle chercheurs, entrepreneurs et médecins travaillent main dans la main. "C'est vrai qu'ici, tout est accessible d’un coup de pédale, c’est assez unique", sourit Paul Kauffmann de Magia Diagnostics.
*La fibromyalgie est une maladie qui se traduit par des douleurs chroniques.
Un lieu totem pour la filière d'ici 2030
Ouvert en 2019 à La Tronche, Medicalps fédère près de 150 entreprises du secteur et gère Medytec, un showroom des innovations locales. La Métropole souhaite ouvrir un bâtiment totem dédié à la filière santé, dont l'ouverture est envisagée à l'horizon 2030. Ce projet, qui fait l’objet d’une étude co-financée par la Caisse des Dépôts, entend doter le territoire d'un espace de référence à plusieurs vocations. Le lieu accueillerait des start-ups en phase de pré-industrialisation, des animations et des événements de la filière.
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