L’ILL et Grenoble INP-Phelma : deux locomotives historiques de l’innovation mondiale

Publiée le 26 novembre 2021

Cette année 2021 célèbre le double anniversaire des 50 ans de l’Institut Laue Langevin et des 100 ans de l’école d’ingénieurs Grenoble INP-Phelma. Deux institutions en quête des secrets de la matière qui ont propulsé Grenoble au rang des Mecques les plus en pointe de l’innovation internationale. Portraits croisés.

Cette année 2021 célèbre le double anniversaire des 50 ans de l’Institut Laue Langevin et des 100 ans de l’écoles d’ingénieurs Grenoble INP-Phelma. Deux institutions en quête des secrets de la matière qui ont propulsé Grenoble au rang des Mecques les plus

Il est un symbole de la réconciliation franco-allemande d’après-guerre. Fondé en 1967 sur le polygone scientifique de la presqu’île de Grenoble à la faveur d’une convention intergouvernementale de coopération scientifique entre la France et l’Allemagne, l’institut Laue Langevin entre en fonctionnement en août 1971. En son cœur, un réacteur nucléaire de recherche – désormais le dernier en France ! - qui doit permettre, grâce à l’utilisation de neutrons, de « comprendre la structure de la matière dans tous ses états, qu’elle soit liquide, solide ou gazeuse, sous haute ou basse pression, à forte ou basse température », résume Jérôme Destrade, directeur associé de l’ILL en charge de la division réacteur.

Un instrument de pointe international…

Au financement franco-allemand de cet outil de pointe offrant les faisceaux de neutrons les plus intenses au monde, se joindra trois ans plus tard celui des Britanniques. Avant que l’outil ne s’européanise et s’internationalise en multipliant les partenariats scientifiques avec notamment 11 pays européens ainsi que l'Inde. « Aujourd’hui, le budget de l’ILL est de 100 millions d’euros par an. 45% sert à rémunérer les 500 salariés, et entre 10 à 15% sont investis pour maintenir notre réacteur aux dernières normes de sécurité ainsi qu'à la sureté qui est réexaminée tous les 10 ans », poursuit Jérôme Destrade.

…En lien avec les problématiques de son époque

Aux bénéfices de la recherche fondamentale initiale s’ajouteront bientôt ceux de la recherche appliquée. En fonction des besoins de la communauté auxquels les progrès technologiques peuvent répondre. « Désormais, les expériences menées à l’ILL débouchent aussi sur des applications industrielles de première importance, qu’il s’agisse de nouvelles batteries, de biologie ou de médicaments". Sans compter la contribution de l'ILL quant à la compréhension du fonctionnement de la Covid-19 sur les cellules humaines.

Une sélection drastique

Couru par les scientifiques du monde entier qui souhaitent y réaliser leurs expériences, « chaque demande est analysée par un comité de sélection qui prend sa décision en fonction de la qualité de l’expérience proposée et de l’origine de l’université ». Ce qui fait qu’au final, « nous avons à l'ILL trois fois plus de demandes que d’offres ».

1500 expériences par an

Malgré cette discrimination légitime, 1500 expériences y sont quand même réalisées chaque année et quelque 600 articles publiés dans les meilleures revues scientifiques : « Preuve que nous y faisons de la bonne science, sans compter les 80 stagiaires et les 60 thésards issus de 40 nationalités différentes que nous accueillons chaque année », conclut enfin le scientifique.

Grenoble INP – Phelma : 3e école française en sciences des matériaux

S’il est une école réputée à Grenoble pour sa spécialisation en sciences des matériaux, c’est bien Grenoble INP – Phelma. Née en 2008, elle est à la fois la somme et la descendante de trois écoles grenobloises qui ont formé des générations d’ingénieurs français et étrangers tout au long du XXe siècle : l’École nationale supérieure de physique, l’École nationale supérieure d'électronique et de radioélectricité et la plus ancienne, l’École nationale supérieure d'électrochimie et d'électrométallurgie qui accueilli ses premiers étudiants en 1921, soit il y a tout juste 100 ans. Classée 3e école mondiale en sciences des matériaux en 2019 par le QS Rankings international, Grenoble INP – Phelma forme aujourd’hui quelque 1500 ingénieurs par an - dont 22% d’étrangers -, signe de son attractivité et de l’excellence de ses enseignements.

Répondre aux problématiques scientifiques et aux enjeux sociétaux

Grenoble INP Phelma partage avec l’Institut Laue Langevin le même crédo : celui de coller et de répondre aux besoins sociétaux de son époque, notamment en matière d’éthique, et d’apporter des solutions aux enjeux industriels et technologiques des entreprises de pointe.

« En 1921, les étudiants apprenaient à faire de la soude ou de l’aluminium pour les besoins de l’industrie chimique de Jarrie », relate Alexis Sableaux, en charge de la communication de l’école. « Au milieu du XXe siècle, ils étaient formés à la création de matériaux architecturés plus résistants et plus légers ; puis la pile à bouton est arrivée en 1970 et les besoins. Aujourd’hui, les besoins liées à la mobilité ou la domotique par exemple réclament d'améliorer les technologies liées au stockage d’énergie. Les élèves de Phelma planchent donc désormais sur le champs de la pile à hydrogène ».

Et depuis le début du XXe siècle, le contenu des formations a aussi changé d'approche : « L’enseignement intègre désormais les exigences sociétales liées à la transition énergétique en intégrant ces préoccupations dans les protocoles de conception de ces nouvelles technologies ».

Des "travaux pratiques de luxes" pour les étudiants grenoblois

Présente sur le campus de l’université et sur la Presqu’île scientifique, l’école dispose en propre des installations de recherche performantes (comme des salles blanches), mais profite évidemment des technologies offertes par les instruments incomparables disponibles à Grenoble, comme l’ILL ou l'European synchrotron radiation facility (ESRF). « Ces instruments permettent à nos étudiants de réaliser des travaux pratiques de luxe ! Et à notre tour, notre école représente pour ces instituts un véritable vivier pour la recherche, puisque 30 % de nos ingénieurs réalisent une thèse après leur cursus ».