Plein phares sur les scientifiques grenobloises

Publiée le 18 novembre 2021

Elles sont directrices de recherche, ingénieures, doctorantes… Elles ont entre 26 et 60 ans. Toutes ont été choisies pour figurer parmi les 20 portraits qui seront mis en avant du 20 novembre au 4 décembre au Jardin de ville de Grenoble, dans l’exposition “La science Taille XX elles”.

Elles sont directrices de recherche, ingénieures, doctorantes… Elles ont entre 26 et 60 ans. Toutes ont été choisies pour figurer parmi les 20 portraits qui seront mis en avant du 20 novembre au 4 décembre au Jardin de ville de Grenoble, dans l’exposition

Une exposition grenobloise qui fait suite à des éditions précédentes à Toulouse, Lyon et en Île de- France, dont l’objectif est de « pallier le déficit de modèles de femmes scientifiques et inspirer les jeunes femmes », explique Jacqueline Etay, présidente de l’association régionale Parité Science et membre du comité de pilotage de l’exposition.

« Une inégalité criante »

Selon l’Observatoire des inégalités, sur l’ensemble des jeunes étudiants ingénieurs et dans les sciences fondamentales, seules 28 % sont des femmes. « C’est une inégalité criante », colère Jacqueline Etay, qui pointe du doigt les stéréotypes : « Les métiers sont marqués dans les esprits comme étant masculins ou féminins, et il y a un certain conformisme dans les choix des jeunes gens. Chacun sait que des métiers comme la coiffure, la chaudronnerie, ou la petite enfance renvoient à un genre spécifique… Il est malheureux que la société organise des freins intimes chez les jeunes et en particulier chez les femmes. Il faut décloisonner nos représentations. »

Pallier le déficit de modèles

Pour Corine Lemariey, conseillère déléguée de la Métropole de Grenoble en charge de l’égalité femmes hommes et de la lutte contre les discriminations, « les grands modèles féminins habituellement présentés peuvent être très éloignés de nos réalités pour être réellement inspirants, par exemple Marie Curie. Cette exposition nous montre des femmes brillantes, de notre territoire, qui excellent dans leurs domaines et peuvent avoir également des rôles de modèles pour toutes. »

Le regard du photographe

Depuis la première édition toulousaine en 2018, Vincent Moncorgé est celui qui met en lumière ces femmes. Et ce n’est pas un hasard : « Ma mère a toujours été hypra féministe, ma sensibilité vient de là. Quand j’étais jeune, c’étaient les garçons qui faisaient des sciences ou l’armée. Les filles qui s’y adonnaient étaient considérées comme des aliens, on les regardait de travers. » Photographe scientifique depuis toujours, il a rencontré beaucoup de femmes qui lui ont fait part de ce déficit de reconnaissance. « Cette exposition leur est dédiée. Avec ces 20 portraits modernes, à l’échelle une, on a voulu casser les représentations afin que les jeunes filles qui s’arrêteront devant puissent s’identifier à ces femmes. »

Le témoignage d'Homaira Nawabi

Née à Kaboul en 1981, elle a dû fuir la guerre civile d’Afghanistan avec ses parents et son frère à la chute du bloc soviétique. Aujourd’hui scientifique reconnue, elle est arrivée en France, à Lyon, avec sa famille, en 1990. « Il n’y avait plus d’école dans mon pays, témoigne-t-elle. La France m’a permis d’avoir une éducation, un avenir. J’ai toujours considéré que c’est une chance que nous avons eue de pouvoir venir en France. Ici, si tu as le goût des études, la question de l’argent n’est pas un problème, il y a des bourses et l’université est quasi gratuite. Et je ne parle pas de la santé ! Quand je vois mon pays d’origine repris par les talibans et tout ce qu’ils retirent comme droits aux femmes, je me dis que ce genre d’exposition est important pour les jeunes femmes : car le statut de femme scientifique peut sembler une chose acquise en France, mais en réalité, la parité dans les métiers scientifiques est encore loin d’être gagnée ! »

Après une thèse à Lyon en 2009, puis six ans passés à Harvard, Homaira Nawabi travaille désormais à l’Inserm de Grenoble où elle dirige le labo “From development to repare”.