Une doctorante de l’UGA primée par la fondation L’Oréal et l'Unesco parmi "35 chercheuses françaises d’exception"

Publiée le 6 octobre 2021

Elle est féministe, travaille sur l’infertilité masculine et lutte par ailleurs contre la désinformation sur les vaccins. Marjorie Whitfield, chercheuse à l’Institut pour l’avancée des biosciences (IAB) vient de recevoir le prix "Jeunes talents" décerné par la Fondation l’Oréal et l'Unesco. Interview.

Elle est féministe, travaille sur l’infertilité masculine et lutte par ailleurs contre la désinformation sur les vaccins. Marjorie Whitfield, chercheuse à l’Institut pour l’avancée des biosciences (IAB) vient de recevoir le prix jeunes talents décerné par

Bonjour Marjorie Whitfield, qui êtes-vous ?

J’ai 34 ans, je suis Auvergnate d’origine et je suis Grenobloise d’adoption depuis 2020. Après des études à Clermont-Ferrand puis à Paris, j’ai été invitée à suivre ma directrice de recherche de l’institut Cochin qui a eu l’opportunité de venir à Grenoble pour y développer ses projets au sein de l’Institut pour l'avancée des biosciences de l'Université Grenoble Alpes.

Et alors, que pensez-vous de Grenoble, depuis votre arrivée en plein confinement ?

La Métropole de Grenoble est reconnue pour ses pôles de recherche et de technique, elle est donc très attractive pour les scientifiques. Et c’est une ville qui développe des compétences en matière de biologie de la reproduction - mon cœur de recherche -, ce qui n’est pas le cas de toutes les villes ! C'est vrai que je suis arrivée en plein confinement, mais je commence à entrevoir et à profiter de cette ville sous son vrai jour : c’est une métropole active, très dynamique.

Que représente ce prix à vos yeux ?

Ce prix fait énormément de bien ! C’est un prix prestigieux, très reconnu dans le milieu scientifique. Ça va mettre un coup de boost à ma carrière et mettre en lumière nos travaux. Et puis cela représente aussi une somme de 20 000 euros sans compter la possibilité de suivre une formation en management d’équipe. Cet argent va donc me permettre de me déplacer plus facilement dans des congrès ou pour des collaborations, ce qui est une bonne chose car les principaux financements des labos que l’on obtient habituellement sont dédiés à la recherche fondamentale, et on en manque déjà cruellement… Et côté formations en leadership, c’est pareil, elles ne sont pas nombreuses dans les labos, alors même que l’on sait que les femmes sont insuffisamment représentées au sommet de la hiérarchie scientifique : sur ma thématique de recherche - qui est pourtant plutôt bien dotée en termes de chercheuses -, les postes à hautes responsabilités sont tous détenus par des hommes ! Cette formation offerte par la fondation l’Oréal est donc un des moyens de faire bouger les lignes.

En effet, en France, les femmes représentent seulement 28% des chercheurs. En quoi cela pénalise-t-il la recherche selon vous ?

D’un point de vue général, il me semble important de ne pas faire de la science genrée… On a tous des biais cognitifs et il est important, pour ne léser personne, que la vision des sciences soient réalisées par des hommes ET des femmes… Il ne faut plus que la vision scientifique soit le résultat d’une vision des hommes sur la science car cela revient à structurer une science au détriment des femmes. Par exemple, il n’y a encore pas si longtemps, les études cliniques étaient principalement effectuées sur des sujets masculins pour la raison que leur organisme est plus stable que celui de la femme, qui connaît notamment des modifications hormonales. Je suis féministe, pas militante, mais je tiens à l’équité, on ne peut pas s’amputer de notre diversité et faire l’économie d’une science représentative de la société dans laquelle on vit.

Pourquoi avoir choisi l’infertilité masculine comme sujet de recherche ? Quel est le lien avec votre engagement féministe ?

Mon travail porte sur l’identification des causes génétiques de l’infertilité des hommes, avec pour ambition de sortir du traitement actuel. Car aujourd’hui, on ne traite pas les hommes infertiles, on aide les couples à avoir des enfants en pratiquant des gestes invasifs sur les femmes (ingestion d’hormones, implantation embryonnaire, etc.) alors que le problème ne vient pas d’elles à l’origine. Cette situation et difficile à vivre pour le couple, mais c’est ce que l’on sait faire aujourd’hui… Cela ne doit pas supposer que l’on doive s’arrêter-là ! Sans compter que toute accumulation de connaissances sur un sujet peut avoir des bénéfices par ailleurs, si bien qu’en travaillant sur les causes de l’infertilité des hommes, nous ne sommes pas à l’abri de découvrir des techniques de contraception masculine par exemple.

Vous êtes par ailleurs engagée sur la question des vaccins…

Oui, je suis bénévole pour le groupe Facebook "Vaccin France information et discussion". Nous faisons le constat qu’il y a énormément de désinformation sur la vaccination avec des conséquences désastreuses. Nous essayons donc, par le débat, de remettre de la science dans les discussions et de rappeler les bases de l’esprit critique. On travaille notamment sur les vaccins pédiatriques, obligatoires depuis 2018... Car il n’est encore pas rare de voir arriver des enfants de 7 ou 8 ans, non vaccinés et donc exposés à la rougeole ou à des méningites, qui font, à leur tour, courir un risque toute la société en l'exposant à ces virus et bactéries…

C’est actuellement la fête de la Science jusqu’au 11 octobre, y participerez-vous ?

Je participe à la fête de la science tous les ans depuis que je suis en thèse. C’est une période très agréable pour moi, car c'est l'occasion de pouvoir transmettre notre passion pour les sciences en espérant créer des vocations. Sans compter que cela nous apprend à être audible pour le plus grand nombre, donc c’est aussi très formateur de notre côté !

La Fête de la science, c'est en ce moment !

Cette année, la Fête de la Science a lieu du 1er au 11 octobre 2021 autour de la thématique de “l’émotion de la découverte”. Une édition anniversaire qui marque 30 ans d’émotions, de partage, de découvertes et d’étonnement permettant aux publics de questionner, s’approprier et jouer avec les sciences et techniques au plus proche des acteurs qui les vivent et les font partager au quotidien.

Pourquoi la Fête de la science ?

> Pour partager les connaissances et favoriser les échanges directs entre les chercheurs et les citoyens ;

> Pour faciliter l’accès au plus grand nombre à une information scientifique actualisée et de qualité ;

> Pour s’approprier les enjeux des évolutions scientifiques et comprendre l’environnement dans lequel il évolue ;

> Pour découvrir le travail des scientifiques et les métiers issus de la recherche ;

> Pour stimuler l’intérêt pour la science chez les jeunes, la curiosité à l’égard des carrières scientifiques et pourquoi pas susciter des vocations.

Tout le programme de la Fête de la science concocté par la Casemate