Mois de la Nuit : la Métropole s'associe aux territoires voisins pour une meilleure maîtrise de l'éclairage public

Publiée le 4 octobre 2021

Parce qu'il représente une dépense considérable et une menace pour la biodiversité, l'éclairage public traditionnel est dans le viseur des communes françaises. La Métropole grenobloise et les Parcs naturels voisins ont décidé d'agir. Explications.

La Métropole de Grenoble, le Parc naturel régional de Chartreuse, le Parc naturel régional du Vercors et l’Espace Belledonne souhaitent réformer et diminuer l’éclairage public de leur territoire.

Les études sont claires sur le sujet : en France, l’éclairage public représente 21% des dépenses énergétiques des communes et 32% de leur consommation d’électricité. Et dans la Métropole grenobloise, les 67 000 lampadaires installés dans ses 49 communes totalisent une facture annuelle d’électricité de 4 millions d’euros. Voilà pour le portefeuille… auquel il faut aussi ajouter l’impact sur la biodiversité et la santé humaine.

En jeu : la biodiversité et la santé humaine

L'éclairage extérieur constitue en effet une source majeure de pollution lumineuse qui participe au déclin de la biodiversité que l'on sait déjà en sursis : les flux lumineux nocturnes permanents altèrent les cycles biologiques de la faune et de la flore, on estime par exemple que chaque réverbère tue en moyenne 150 insectes chaque nuit d’été...

Par ailleurs, en France, 80% de la population est concernée par la pollution lumineuse et ne perçoit donc plus la voie lactée. Au-delà du fait que cela pose un problème évident pour les astronomes, cette perte du ciel nocturne, spectacle naturel ancestral qui nous rattache à l'univers, peut également provoquer un dérèglement de nos rythmes biologiques.

35 communes en commun

Les représentants de la Métropole de Grenoble, du Parc naturel régional de Chartreuse, du Parc naturel régional du Vercors et de l’Espace Belledonne se sont donc réunis ce vendredi 1er octobre dans le Vercors, à Saint-Nizier-du-Moucherotte, pour signer une convention de partenariat baptisée "Ciel étoilé". Objectif : promouvoir, en particulier auprès des 35 communes qu’ils ont en commun, « une politique d’éclairage public et d’aménagement permettant à la fois de répondre aux enjeux de sécurité des usagers et d’obtenir, à terme, un éclairage public maîtrisé, durable et qualitatif ».

65% d'économie financière dans la Métropole d'ici 2035

À titre d’exemple, la Métropole grenobloise s’est déjà donnée pour ambition de réduire de 65% la consommation énergétique liée à l’éclairage public de ses communes à l’horizon 2035, soit une économie de 21 à 38 millions d’euros selon l’évolution du prix de l’énergie. Pour y parvenir, elle souhaite notamment multiplier par deux le parc de points lumineux concernés par une politique d’extinction nocturne, généraliser la réduction de l’intensité lumineuse en milieu de nuit et appliquer des préconisations spécifiques de protection de la biodiversité dans l’ensemble des zones naturelles, agricoles et forestières.

Le Mois de la nuit est lancé (du 1er au 31 octobre)

Ce temps de signature fut aussi l’occasion de lancer "Le Mois de la nuit" organisé par la Métropole de Grenoble. Du 1er au 31 octobre, cet événement original propose des dizaines de rendez-vous (observation des étoiles, balades nocturnes, spectacles…) dans toute la métropole grenobloise, en Vercors, Chartreuse et Belledonne afin de sensibiliser le grand public à la pollution lumineuse. Le 9 octobre, pour donner l’exemple, 24 communes volontaires de la Métropole procéderont à l’extinction de leurs éclairages publics, partiellement ou totalement. Une grande soirée est prévue ce même jour à la Bastille avec, entre autres, un spectacle de Yoann Bourgeois.

Seule une centaine d'astres (sur 6000) visible depuis Grenoble

« Mon rêve serait que l’on puisse distinguer la voie lactée au-dessus de Grenoble », s’est exprimé Jacques Adenot, président du PNR du Vercors. « Car on peut encore voir plein de choses depuis le Vercors ou la Chartreuse, mais le petit citadin, lui, ne peut pas s’en rendre compte. Sur les 6000 astres présents au-dessus de nos têtes, à peine une centaine demeure visible depuis Grenoble ».

Les lumières de la Métropole, de nuit, depuis la table d'orientation de Saint-Nizier-du-Moucherotte

« Le 9 octobre (date à laquelle plusieurs communes de la Métropole éteindront leur éclairage public pour donner l'exemple, Ndlr), nous visons l’extinction totale avec de nombreuses actions pour accompagner toutes les communes de Chartreuse », a à son tour déclaré Dominique Escarron, président du PNR de Chartreuse. « Quand on réalise la puissance de ce qui est libéré par ces lampadaires à chaque instant, c’est une mesure que nous devons prendre tous ensemble ».

« Tout ça fait grandir et fait sens dans nos territoires », a poursuivi Bernard Michon, président de l’Espace Belledonne. « La lumière la nuit est la deuxième cause de mortalité des insectes qui sont essentiels à la chaîne alimentaire. Et pourtant, il faut encore convaincre ! »

« On voit les enjeux financiers que cela représente pour les communes et l’impact positif de telles mesures sur la biodiversité », a conclu le président de la Métropole, Christophe Ferrari. « C’est une belle coopération qu’il nous faut valoriser. Et le Mois de la nuit va porter une belle dynamique avec une cinquantaine d’événements prévus, en lien avec des scientifiques et des artistes notamment ».