Glacier de Sarennes : chronique d’une mort annoncée

Publiée le 20 avril 2021

Il lui reste moins de cinq ans selon les scientifiques qui l’étudient. Après cela, le glacier de Sarennes, à l’Alpe-d’Huez, ne sera plus qu’un lac et le souvenir du ski d’été…

Le glacier de Sarennes en 1906
Le glacier de Sarennes en 1906 : © G. Flusin
Le glacier de Sarennes en 1906

À 65 km de Grenoble, entre 2900 et 3000 mètres d’altitude, un géant se meurt. Des milliers de skieurs du domaine de l’Alpe-d’Huez l’ont descendu l’été de la fin des années 1970 à 2013. Le glacier de Sarennes ne sera pourtant bientôt qu’un souvenir de carte postale. « De 124 hectares au début du XXe siècle, il ne fait plus que quelques hectares aujourd’hui, déclare Emmanuel Thibert, glaciologue INRAE. Il disparaît un à trois mètres de glace par an. D’ici trois à quatre ans, le glacier n’existera plus. »

Changements depuis 1982

Tous les ans depuis 1949, des scientifiques montent observer ce site. Il s’agit de la plus longue série de mesure de tout l’arc alpin, et la seconde plus longue série au monde derrière celle du glacier Storglaciären, en Suède, initiée en 1946. Chaque printemps, des prélèvements sont effectués pour mesurer le volume de neige, le peser, en mesurer la densité et en donner l’équivalence en mètre d’eau pour suivre l’enneigement hivernal. Quand la neige a fondu, l’épaisseur de glace est mesurée à partir de balises insérées à dix mètres de profondeur. « Le glacier a perdu 100 mètres d’épaisseur, il reste au point le plus haut 10 mètres d’épaisseur de glace », relève le glaciologue.

Il observe à la fois une intensification de la fonte au cœur de l’été et une augmentation de la durée de la fonte : la neige disparait plus vite. Au lieu de tenir jusqu’à fin mai voire début juin, elle fond dès le début du mois d’avril au printemps. À l’inverse, en automne, le glacier continue de fondre jusqu’à fin octobre, y compris la nuit, alors que la fonte s’arrêtait auparavant en septembre. L’observation du glacier a mis en évidence un changement du climat estival depuis 1982, qui est général à tout l’arc alpin, avec un allongement de la période de fonte en fin d’été et une intensification de la fonte au cœur de l’été, ce qui est bien expliqué par l’évolution des températures atmosphériques. Les fontes extrêmes sont rencontrées lors des épisodes de canicule.

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© Emmanuel Thibert / INRAE
Le glacier de Sarennes en 2016

Ressources en eau et risques naturels

L’unité de recherche grenobloise ETNA (pour Érosion torrentielle, neige et avalanche) d'INRAE, à laquelle appartient Emmanuel Thiebert, conduit des recherches relatives à la prévention des risques naturels en montagne (avalanches, transport de neige par le vent, crues et laves torrentielles, chutes de blocs, risques d’origine glaciaire). Les mesures de bilan de masse du glacier de Sarennes ont pour principaux objectifs scientifiques d’étudier la relation entre les variations climatiques et les bilans de masse glaciaires à partir de mesures de terrain, ceci afin de prévoir l’évolution future des glaciers en termes de ressources en eau et leur contribution à l’élévation future du niveau des mers. Il s’agit également de comprendre la réponse dynamique des glaciers (variations d’épaisseur, de longueur, de vitesse d’écoulement) aux fluctuations des bilans de masse et ainsi étudier les risques naturels d’origine glaciaire.