Fin d’un chantier colossal pour prévenir les crues de l’Isère

Publiée le 31 mars 2021

Maintenir l’Isère dans son lit et contrôler ses écarts : c’est l’objectif de ce projet très ambitieux entamé en 2004. Il intègre des protections contre les inondations, la restauration du bon état écologique des rivières et le réaménagement des berges dans tout le Grésivaudan.

Reconnexion du bras mort de Pré Pichat
Reconnexion du bras mort de Pré Pichat : Symbhi / Photec
Reconnexion du bras mort de Pré Pichat

L’inondation de mai 2015, la plus impressionnante depuis une quarantaine d’années, est restée dans les mémoires. Autoroute et routes secondaires coupées, glissements de terrain, torrents de boues… Le débit du fleuve était alors six fois supérieur à son débit normal. A Grenoble l’Isère était placée en vigilance orange mais n’a pas occasionné de dégâts trop préjudiciables. Alain Gautheron, chef du Service de Prévision des Crues Alpes du Nord, notait alors : « On a eu de la chance, on n’est pas passé loin d’une crue aux conséquences plus importantes. »

Huit ans d’études, neuf ans de travaux et 135 millions d’euros d’investissement permettent aujourd’hui de mieux protéger l’ensemble du Grésivaudan contre les crues. « Si une crue extrême devait survenir, comparable à celle de 1859, nous serons capables de la contenir », explique Lyse Desplats, cheffe de projet Isère Amont au Symbhi, (Syndicat Mixte des Bassins Hydrauliques de l'Isère, l'établissement en charge de l'aménagement et de la gestion des rivières du Sud Isère).

Création de digues, déversoirs, champs d'expansion, forêt alluviale...

Le champ d'inondation contrôlée (CIC) des îles de Crolles
Le champ d'inondation contrôlée (CIC) des îles de Crolles : Symbhi / Photec / Futurprod
Le champ d'inondation contrôlée (CIC) des îles de Crolles

Il a d’abord fallu renforcer les digues existantes sur 13 km et en créer de nouvelles (17 km), en curant le fleuve pour réutiliser un maximum de matériaux et creuser son lit. Des déversoirs d’alimentation ont été installés : la digue est moins haute à certains endroits pour permettre à l’eau de passer et d’être « stockée » dans un des 16 champs d’alimentation en zone agricole. Ces champs servent donc de réservoir d’inondation contrôlée en cas de forte crue.


La création d’une toute nouvelle forêt alluviale fait office de zone humide pour stocker une partie de l’eau et recharger les nappes phréatiques. « Avant, on construisait deux murs en béton, le plus haut possible, en espérant que l’eau s’en aille le plus vite possible, explique Laurent Roy, directeur de l’Agence de l’eau Rhône-Mediterranée-Corse, l’un des financeurs de ce projet. Aujourd’hui on s’inspire de la nature » pour préserver la biodiversité et « pour permettre à la rivière de retrouver un fonctionnement plus naturel, et donc moins brutal. »

Un chantier dans toute la vallée du Grésivaudan

Photomontage du remplissage de ce champ en cas d'inondation
Photomontage du remplissage de ce champ en cas d'inondation : Symbhi / Photec / Futurprod
Photomontage du remplissage de ce champ en cas d'inondation

« Voilà plus de 2000 ans que notre métropole grenobloise s’est développée dans une vallée entourée de nos trois massifs montagneux, abonde Christophe Ferrari, président de Grenoble Alpes Métropole. Nous, collectivités locales, avons la responsabilité de prévenir et d’intégrer les risques naturels de nos territoires. »

C’est désormais chose faite puisque les pires prédictions en matière d’inondations (plus de dix fois son débit normal, comme en 1859) ont été prises en compte pour réaliser cet ouvrage impressionnant, qui souligne l’interdépendance de toutes les communes situées dans la vallée du Grésivaudan.

 

Financements des 135 millions d’euros

> Symbhi (Département de l’Isère 32 %, Grenoble Alpes Métropole 17 %, Communauté de communes du Grésivaudan 2,6 %)
> État (41%)
> Agence de l’eau Rhône-Mediterranée-Corse (7%).

Depuis 2012 et le lancement du chantier, 5,75 millions d'euros ont été économisés grâce une gestion optimisée des travaux et des dépenses.

Illustration de la crue de 1859 à Grenoble
Illustration de la crue de 1859 à Grenoble : DR
Illustration de la crue de 1859 à Grenoble